De cuisinier à chef (d’entreprise)

Du meilleur ouvrier en cuisine nous sommes passés au chef d’entreprise.
Nathan Moller explique ça à Joseph qui étudie l’histoire de la cuisine. Du dix-neuvième siècle au XXIème siècle.
Tu me diras, Joseph, que l’entreprise est partout, non ?
La plupart des chefs d’État adorent l’expression : il faut renégocier. Ce n’est pas pour rien, non ? Ils parlent en chefs d’entreprise plus qu’en présidents politiques.
Et depuis le XIXème siècle ? a demandé Joseph que la cuisine intéresse. Au vingt-et-unième siècle ?
Eh bien, au XXIème siècle, le chef en cuisine se dirige franchement vers l’artiste, assure Nathan Moller. C’est une figure nouvelle d’entrepreneur.
Pourquoi franchement ?
Parce que ce n’est pas tout à fait nouveau. Au début du XIXème siècle, déjà, enfant abandonné et autodidacte, Antonin Carême (1784-1833) deviendra le champion de la pâtisserie artistique (rien à voir avec le patinage). Il mutera en boss de la pièce montée, le roi des cuisiniers, le cuisinier des rois, probablement l’un des premiers chefs qui invente une manière de cuisinier comparable à la façon d’un artiste, fasciné par l’architecture classique qu’il copie, étudie et dessine pour la transposer en pâtisserie.
C’est l’auteur du pâtissier pittoresque ?
Oui.
Oh mon dieu !
N’exagére pas, Joseph.

Cela dit, l’artiste n’est guère fréquent dans le monde des cuisines. La figure est plutôt récente.
Au dix-neuvième siècle, le chef est surtout le meilleur ouvrier (même si le titre de meilleur ouvrier n’a été créé qu’en 1924).
Le plus souvent, selon l’image d’Épinal, quand il n’est pas en colère et qu’il sait contenir sa rage et sa fureur entretenues par le feu, les fourneaux et le rythme du service, en dehors de la cuisine, le chef est la plupart du temps muet. On le dit taciturne bougon, bourru, parfois grincheux, susceptible dans tous les cas, soupe au lait, et on ne lui donne jamais la parole. Que nous dirait-il ?
Du matin au soir il reste dans la cuisine, il ne parade pas, il n’est jamais à la Une. La publicité, la gloire, les feux de la télévision commencent sans lui.
Au vingtième siècle, le chef sort de la cuisine.
Il organise des concours, des prix, montre sa bobine.

Après la deuxième guerre mondiale, il descend dans les salles à manger de la clientèle par la fenêtre de la télévision.
Il donne des recettes sur un écran noir et blanc.
Le chef de cuisine devient aussi chef d’entreprise, il monte des affaires.
Il ouvre des restaurants, crée des concepts, écrit des formules et des projets, invente des tendances, élabore des façons de servir, de cuire, de goûter, imagine des alliances de goûts inattendus, prend de l’assurance et des avions. Il se développe, il prend parti, il représente la ville, la région, la France, il voyage à l’étranger, il gagne des concours, il rapporte des médailles. Il communique. Il se sent ambassadeur, avocat, engagé. Il a plus d’une carte.
Sont nées la gestion et, surtout, la communication culinaire.
Le chef n’est plus silencieux au fond de sa cuisine et il parle de plus en plus. Il l’ouvre. Devient loquace. Il multiplie les interviews, écrit des livres, anime des émissions. Met son grain de sel, conseille, défend, argumente, crée des tendances. On l’écoute, l’imite, le copie, le plagie. Il se défend des attaques, il invente, il brille.
On le voit apparaître à la télévision, on l’entend à la radio, on le lit dans les journaux.
Il va au spectacle, tout devient spectacle, il se rapproche des stars, des lumières et de la jet set.

Au vingt-et-unième siècle, voilà l’artiste. Il faut le suivre dans ses recherches, accepter ses propositions, entendre sa présentation, l’écouter décrire ce qu’il vous offre. Il approfondit, il cherche, il fouille les marchés, découvre, visite, revisite, resitue, remet au goût du jour, devient l’apôtre du circuit court, dénonce, défend, chasse les saveurs, en crée de nouvelles, il s’autorise, il transgresse, il triomphe, il semble sans limite. Il est beaucoup plus question d’expériences, de sensations nouvelles, d’effets, de performances.
Nathan Moller a quelques idées sur l’art et la cuisine.

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Génie de la contemplation

Tous ses efforts pour éviter l’évaporation (fenêtres fermées) ou le ruissellement (il calfate) n’empêche pas l’homme de voir son magot rétrécir, à la façon d’une bête qui grignote sans faim sa propre patte.
Heureusement, la terreur qu’il lui arrive quelque chose de douloureux, occupe ses journées et le mine la nuit, au point que la dépense finit par moins le gêner que l’obsessive préoccupation.
Un jour, il rencontre Carol Piedtenu au Pico Pico après une conférence sur les gens qui, à force de se priver, finissent par avancer le restant de leur vie à la façon de fantômes dans un couloir où des momies se balancent sans fin dans des rocking-chair grinçants, claquant des dents devant des rideaux abîmés et effilochés, écoutant des musiques terrifiantes sur des gramophones abîmés dans des odeurs de médicaments.
Tout cela en boucle infinie, un peu floue, effilochée.
La conférence se termine sur une image de Robert Morris : Steam.

Au Pico Pico, (nous ne saurons si c’était pervers ou salvateur) Carol Piedtenu a conseillé à l’homme replié d’étudier Raphaël de Valentin, le personnage de Balzac dans la Peau de chagrin. Reclus trois ans dans une mansarde pour écrire La théorie de la volonté et plus tard désespéré, Raphaël de Valentin tombe chez un antiquaire sur la peau de chagrin qui accomplit tous les vœux. Son inconvénient : elle rétrécit à chaque vœu.
Insensible aux conseils de l’antiquaire qui lui conseille, un peu coach, de renoncer aux ambitions (“Vouloir nous brûle et Pouvoir nous détruit.”), en sage au-dessus de la consommation, d’abandonner tout shopping, d’être l’anti Emma Bovary shopping addict girl, voilà Raphaël de Valentin le dépressif qui prend la peau de chagrin et le voilà parti sur ce chemin diabolique du plaisir chaque jour un peu diminué. Voilà un classique pacte faustien.
Selon Georges Palante (Le Bovarysme) cette peau de chagrin oblige le personnage à ne plus faire un geste, ne plus bouger par peur que la peau de chagrin rétrécisse…
Carol Piedtenu en déduit une alternative :
Soit vous êtes coincé définitivement… Soit vous développez un génie de la contemplation…
Ce soir-là, invité sur une des scènes du Pico Pico, les fantômes du groupe Skull and Bones ont applaudi et chanté en chœur :
– Il vous reste la contemplation de votre propre et inéluctable dégradation.
Depuis quelques années, dans Notre-Ville, il n’est pas rare qu’apparaisse un petit groupe de fantômes se réclamant de la société secrète Skull and Bones fondée en 1830 à l’université de Yale.

Ce petit groupe de fantômes fanatiques suit Carol Piedtenu et crie : Quel génie madame !
(Personne ne sait pourquoi.)
Quand on fait remarquer à l’homme qu’il se prive de tout et se protège de tout, il répond qu’il ne se prive jamais.
Il a raison.
Oui, il a raison, il est lucide.
Il ne se prive jamais.
Il ne désire plus rien.
Il est devenu un nuage de l’être.

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Tsundoku

Bien que le capitalisme consiste à accumuler sans fin, la comparaison avec le tsundoku s’arrête là.
Accumuler des livres en pile dans sa maison (même en pile tordue par fantaisie de type Tour de Pise) est une forme de maladie capricieuse (frappant à tout âge) nommée le tsundoku.
Diagnostiquée quand les livres sont empilés sans être lus, cette affection peut prendre des proportions démesurées et envahir toutes les pièces de la maison (tsundoku géant).
Il ne faut pas confondre ce mal avec la syllogomanie ou complexe de Diogène (accumulation délirante d’objets).
Le tsundoku est en quelque sorte une maladie de l’acheteur de livres qui ne range pas ses livres sur des étagères.
Le non-rangement sur la tranche est essentiel dans le développement de cette affection. Le colloque sur l’importance de la tranche dans la vie humaine est assez évocateur à ce sujet.
Bref. Un acheteur de livres qui ne lit pas mais range sur des étagères n’est pas techniquement atteint de tsundoku. Il peut s’agir d’une légère roublardise (nous en connaissons tous).
Pour être atteint de tsundoku, il faut faire des piles.
On peut acheter comme un malade et lire jusqu’à la scoliose, tout va bien. La maladie commence avec la pile. Le tas en revanche se rapprocherait de la syllogomanie.
On demande souvent aux médecins de Notre-Ville si le fait que les livres soient en pile est une condition primordiale pour diagnostiquer un tsundoku chez l’acheteur de livres. La réponse est oui. « Tsunde » signifie « empiler » et « oku » signifie « délaisser ».
Les passionnés de lecture finissent souvent par attraper un tsundoku carabiné. Il y a des tsundokus sans le savoir, des Monsieur et Madame Jourdain du tsundoku. Beaucoup de tsundokus passagers, des crises.
Il y a des tsundokus indolores, des douloureux, des lourds, des baroques, des romantiques, des enfantins….
Il n’est pas si rare d’entendre : « J’ai mal à mon tsundoku. »
Il y a des tsundokus qui n’en sont pas.
Henri Michaux n’avait pas de tsundoku.

Karl Lagerfeld n’avait pas de tsundoku.
Ni survêtement d’ailleurs.

Joseph Delteil frôlait le tsundoku.

Le syndrome (malin) couvre des pathologies différentes : ceux qui ouvrent les livres souvent (et se croient à l’abri de tout), ceux qui les ouvrent un peu de temps en temps et ceux qui ne les ouvrent jamais.
Ceux qui accumulent des livres pour se donner un genre japonais, ceux qui font croire qu’ils ont un tsundoku (snobisme, mode, tendance) mais qui, dès qu’ils sont seuls, lisent à devenir lettrés.
Contrairement à l’avis des experts de la commission européenne, nous savons avec certitude qu’il ne s’agit pas seulement d’une maladie de journalistes, de critiques littéraires ou de bouquinistes.
Pas mal d’écrivains en sont atteints. On trouve aussi des professeurs. Beaucoup de compulsifs. Une nombre record de fétichistes. Quelques libertins (Vous n’avez pas vu mes piles ?). Et des poseurs évidemment : une seule pile au milieu d’une pièce.
Accumuler sans lire se transforme parfois en raffinement.
Pour entasser il y a pourtant bien mieux que le papier.
Quand vous essayez l’empilement de façon numérique, vous ne revenez plus à la pile en papier (à part quelques cas marginaux de rétromaniaques).
Le numérique permet et développe l’entassement à mort.
C’est le symptôme du « J’ai le document, je le lirai plus tard ». Nous le connaissons tous. Le bureau de l’ordinateur est un cimetière.
Au sujet de notre société qui se retourne beaucoup plus sur le passé qu’elle n’invente, ivre de nostalgie, recyclant tout son passé en permanence (en musique surtout), téléchargeant sans cesse pour écouter plus tard, le livre de Simon Reynolds « Retromania » est passionnant. (Il compare les archives musicales à un placard à vêtements où nous pouvons opérer des « surimpressions nostalgiques », un recyclage à gogo provenant de différentes époques et nous permettant de revêtir des rôles comme on essaye un costume)
Si on prend le temps d’ouvrir ce livre dans la pile, évidemment.
Les dernières recherches s’orientent vers toutes les piles que nous avons dans la tête, invisibles et possessives… Un océan est devant nous.
Les piles ont gagné le monde.

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Héritage et nettoyage

Il y a des années une équipe d’Harvard a enregistré une modification de l’adn chez des êtres battus ou violés dans leur enfance. On a évoqué des cicatrices moléculaires dans l’adn des victimes. Le sperme présenterait des traces. Des empreintes, des marques, des signes, appelle-le comme tu veux.
– Chez ceux qui ont été exposés à des violences ?
– Oui.
– Tu veux dire qu’ils pouvaient transmettre le…
– Oui…
– Mais alors… depuis le temps…
– Quoi ?
– Ben… si tout ce qui arrive aux êtres humains s’enregistre depuis la préhistoire… on devrait être tous complètement dingues…

– Justement… Je vais te montrer l’hologramme de la spécialiste des troubles traumatiques à l’université d’Harvard, qui a dirigé cette étude : La question qui se pose alors est de savoir comment ce traumatisme peut passer sous la peau pour affecter la biologie même des individus. Les scientifiques ne comprennent pas comment cela se transmet. Parce qu’il y a un nettoyage au moment de la transmission.
– Quoi ?
– Oui.
– Il y a un nettoyage au moment de la transmission. Sinon tu imagines l’état dans lequel on serait si depuis la préhistoire les êtres humains se transmettaient leurs traumatismes ?
– C’est ce que je te disais tout à l’heure. Et on parlerait de troubles traumatiques transmissibles ?
Cela n’empêche pas les épigénéticiens de s’empoigner dans les rues de Notre-Ville. Jusque sur la plage quand il fait beau et de se rouler dans le sable, de saigner parfois pour le plaisir des photographes de réseaux sociaux.
Même en maillot les partisans du nettoyage (un nettoyage du sperme se fait automatiquement) s’opposent aux partisans de la transmission.
Notre mode de vie laisse-t-il des marques génétiques par-dessus le nettoyage ?
L’épigénome (à la différence du patrimoine génétique, l’épigénome est variable. Il dépend de plusieurs facteurs tels que l’âge ou l’environnement) est modifié.
Quoi ? Un sperme couvert de cicatrices !

Une espèce de Moby Dick qui traverserait les siècles depuis l’apparition de l’être humain ?
Un monstre en nous depuis les cavernes traverse les sexes terrestres… Il surgit d’une espèce de serpent fendu… un petit tuyau capricieux… et se tortille partout dans l’océan à la façon d’une bombe désirante ?
Ce phénomène peut hérisser tous les poils de votre corps. Vous imaginez ? A partir d’un truc si petit, presque insignifiant, giclé.
Votre héritage. Victime, bourreau, spectateur.

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Happycondriaque

Carol Piedtenu a du travail avec les obsédés de la défaillance. Ils pinaillent à la moindre fêlure et s’écroulent. Des oiseaux noirs sortent des fentes.
Les anxieux de la faiblesse défilent avec les mêmes questions.
Suis-je atteint d’une terrible faille ? On ne prononce plus le mot névrose au bureau de Kaiser, l’élu au bonheur municipal.
La névrose, c’est le passé.
Suis-je atteint de faiblesse au point de désirer vivre obsédé de bonheur et de satisfaction ?
Suis-je si mal au point de revoir la mélodie du bonheur la nuit de Noël sans y trouver de réconfort ?
Partout, dans les médias de Notre-Ville, les chercheurs étudient cette orientation politique municipale, portée par l’élu au bonheur municipal : Suis-je assez heureux ? Y ai-je droit ?
Dans une version moderne : Suis-je devenu happycondriaque ?
En ont-ils fait assez pour nous ?
Est-ce que j’ai encore bafoué l’instant présent qui plus tard se vengera ?
Est-ce que je ne manque pas un peu de culture ?

Si je suis introverti pourquoi devrais-je m’obliger à toujours rencontrer des gens pour être normal alors que cela me déséquilibre ?
Le témoignage de cette Anglaise est frappant :
« Comment ai-je pu enfin admettre que j’étais introvertie et refuser les invitations sans culpabiliser ? Après des années d’alcool pour rendre les obligations sociales supportables, j’ai enfin accepté ma peur de parler aux inconnus et suis maintenant en paix avec ça. Qu’ils aillent tous se faire voir, je suis mal à l’aise avec les autres et je ne veux plus m’obliger. »
Bravo Jane et merci pour ce témoignage.
Cela dit, est-ce que, comme le suggère plusieurs organismes bancaires, j’ai bien préparé le futur ?
N’ai-je pas oublié l’essentiel ?
N’ai-je pas perdu mon temps ?
N’ai-je pas gâché de belles années en gardant cette allure maladroite qui fait penser à Jacques Tati ?

Ne devrais-je pas plus réfléchir au lien entre l’inspecteur Colombo et Jacques Tati et à leurs femmes toujours absentes ?
Pourquoi ne pas envisager de cesser d’avoir des regrets comme on arracherait des herbes longues et grises sur la pelouse ?
Ne vaudrait-il pas mieux que je profite d’instants précieux avec des proches dans un parc d’attractions, par exemple, où je pourrais bénéficier d’activités en pleine nature et d’un logement avec balcon avant qu’il ne soit tard ?
Ne vaudrait-il pas mieux que j’opte pour le programme de mes rêves ? (Comment connaissent-ils mes rêves ?)
Ou bien est-ce trop tard ?

L’élu au bonheur ne sait plus où donner de la tête pour rassurer les visages inquiets.
Notre-Ville ne manque pas d’anxieux transpirants, de bouches amères, d’ongles rongés, de cheveux arrachés, de gens qui restent couchés des jours, d’émissions télévisées et radiophoniques sur le réconfort.
La multiplication des débats à la télévision et à la radio est un signe majeur de société mal en point.
Le désarroi est roi. La mauvaise haleine aussi.
La détresse est déjà dans le biberon. L’espoir ressemble à un confetti.
Le souci est un produit aussi demandé que l’embarras qui colle. Ça suinte dans nos esprits et nos cœurs. Ça perle.
Nous sommes perclus d’anxiété à cause du bonheur.
La poésie molle n’arrange rien.
Nous ne dormons plus si bien, avec ces chauve-souris.
Le bonheur inquiète les plus tendres, les ravage parfois sur le rivage de la Baie des Espèces.

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La tomate est aussi arriviste que l’aubergine

Parmi les envahisseurs et colons, l’air de rien sinon rebondie, timide et charnue, si portée à rougir, la tomate est bien placée.
Un jour, cette native d’Amérique centrale a réussi à se déplacer depuis ce lointain continent jusqu’en Méditerranée.
Très vite cette fausse modeste ne joue pas franc jeu et parvient à se glisser entre fruits et légumes.
Mangeant à tous les râteliers, la tomate se pavane, montre ses formes et frime en sauce (ce que la pomme de terre autre migrante malgré son ambition de discrète en robe de chambre n’a jamais pu réaliser).
Cette roublarde de tomate se fait si bien accepter, admirer, apprécier qu’elle décroche des médailles du style label IGP (indication géographique protégée) en Italie. Oui, en Italie. Il fallait y arriver. Quand on est parti d’Amérique du sud.
Arrivée avec rien, venue de si loin, sans même une valise, par sa seule force persuasive la tomate a su se faire désigner comme pur produit local. Les gastronomes ont la mémoire courte.
Depuis, elle se trémousse et n’a de cesse de modifier ses formes et ses couleurs.
Ed Ruscha s’en serait inspiré pour Don’t afraid to ask, 1986.

La tomate s’est diversifiée à un point ahurissant : il existe maintenant des milliers de variétés. Chaque jour on en voit de nouvelles plus ou moins pimbêches (orange, noire, bleue, bientôt à rayures, à pois, à frises) s’allonger dans l’assiette.
Prête à tout, la tomate s’offre crue ou cuite.
Elle introduit comme elle accompagne en escort.
Elle s’est installée (délocalisée dirait-elle) partout, l’air de rien, en Afrique, en Asie, en Amérique.
En France, elle débarque sans papier au XVIème siècle.
Elle pénètre l’académie française en 1835.
Elle n’est pas née de la dernière pluie. On a retrouvé deux fossiles en Patagonie ayant plus de 50 millions d’années.
Il est probable que ce sont les Espagnols qui ont découvert la tomate au début du XVème siècle au Mexique.
Selon Bernardino de Sahagun la sauce tomate aztèque est très bonne (Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne) mais aucune trace de la pizza.
N’ayant pas inventé la roue, les Mayas ne pouvaient inventer la pizza.
Déjà très déterminée à l’époque, la tomate dissimule sa volonté d’hégémonie et son impérialisme et persuade les Espagnols de l’emmener en Europe. Les Espagnols n’y voient que du feu et deviennent les passeurs.
On ne peut toutefois pas dire que la tomate est mexicaine pas plus que l’on ne peut dire que la carotte est afghane.
Quel charme toutes les deux pourtant. Quelle façon de nous ensorceler.
Comment ne pas penser à l’allégorie de la simulation de Lorenzo Lippi ?

Venues s’installer très tôt en Europe, la tomate et la carotte, nous le savons, ne sont pas sans rivale.
Notre-Ville va, paraît-il, bientôt créer un temple de l’aubergine.
L’aubergine se pointe en Asie dès la préhistoire.
Sans connaître la success story de la tomate (les choux pleurent de rage de ne jamais aussi bien percer qu’en Allemagne), l’aubergine poursuit une belle carrière et a toujours de bonnes perspectives de développement. Elle aussi, comme la tomate, s’est imposée en Méditerranée dans la voie du produit local. Grand sens de l’adaptation, tenue toujours correcte, l’aubergine a un dress code simple et efficace.
Elle aussi, l’aubergine, est venue un jour envahir la Méditerranée (on se demande ce qu’il y avait en Méditerranée (à part la fierté, qui est peu nourrissante)). On la suppose arrivée au Moyen-Orient au temps des conquêtes islamiques entre le VIIIe et le XIe siècle. Depuis l’Égypte elle gagne le Maghreb, puis l’Espagne et la Sicile.
Elle en aurait à raconter, l’aubergine.
Elle en a vu des palais.
Tout le monde a un palais. Tous les êtres humains sont équipés d’outils pour goûter, apprécier, savourer et savoir.
Bref.
Qui dirait maintenant que la tomate et l’aubergine ne sont pas méditerranéennes ? Personne n’oserait. Elles sont plus méditerranéennes que les Méditerranéens.
La tomate et l’aubergine sont devenues des représentantes de la tradition méditerranéenne comme si elles avaient toujours vécu là. Voilà l’intégration.
Tout cela ne s’est pas fait facilement. Les premières générations ont souffert. La France aux patates !
(Cela dit la patate est arrivée aussi d’Amérique du sud avec les conquistadors au XVIème siècle et très vite elle est synonyme de vitalité et de tonus : avoir la patate).
Quand les aubergines ont débarqué en Méditerranée, le blé assurait : Comment peuvent-elles oser prétendre représenter la Méditerranée ? Rien qu’avec la couleur de leur peau ?
Plus tard, quand les tomates se sont pointées à leur tour en Méditerranée, les aubergines l’ont mal pris et se sont senties envahies. Comment ces tomates peuvent-elles oser prétendre représenter la Méditerranée ?
On a commencé de faire croire que les aubergines avaient toujours été là et les tomates aussi.

Le riz est méditerranéen aussi, tu vois, comme la paella ou le risotto.
– Je n’ai rien vu en Méditerranée.
– Tu te rends pas compte.
– Je te dis que je n’ai rien vu.
– C’est parce que tu es arrivée trop tôt.

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Grenouilles dans le lait

Avant chaque manifestation dans Notre-Ville, c’est un mystère qu’aucun enquêteur n’a pu expliquer (pourtant les enquêteurs, sociologues, génies du détail, artistes en résidence, princes de l’interprétation et de l’observation carabinée ne manquent pas), il y a toujours quelqu’un (tout âge et genre) pour raconter l’histoire des deux grenouilles tombées dans une marmite de lait. Dans certains versions la marmite est un vase, une cuve, un bac, un pétrin, une amphore, un faitout, une cocotte, un couscoussier, une énorme cruche, une jarre…
Bref.
Les deux grenouilles sont tombées, on ne sait comment, dans une profonde marmite de lait dont elles ne peuvent sortir
Les deux grenouilles sont très différentes. L’une est ouvrière sur un chantier et sportive. Elle marathonne souvent le dimanche. L’autre est plutôt philosophe fragile de la gambette.
La grenouille frêle et théoricienne tombée dans la marmite a étudié et réfléchi à la situation dans laquelle elle se trouvait, à ces parois lisses et désespérantes qui fendent le cœur, à l’évasion chimérique, à la finitude, à Sartre et à Heidegger. Déjà têtard elle était en avance. C’est une tête du monde amphibien, une grenouille surdouée qui n’a jamais été traquée pour ses cuisses (il faut dire peu musclées). C’est probablement la plus brillante des grenouilles de la mare et de loin. Elle en a vu des princesses bien roulées venues la consulter sur les crapauds prétendants.
Bref, dès qu’elle s’est retrouvée dans ce lait, elle a déduit de son analyse des parois de la marmite qu’il valait mieux rester stoïque, garder ses forces, attendre les secours et penser plutôt que de gigoter vulgairement. Elle en a déduit qu’elle et sa compagne de chute ne s’en sortiraient pas et qu’il était vain de se débattre. Qu’il valait mieux se mettre à méditer comme David Lynch.

Elle fait donc la planche, provocante, trompe-la-mort et attend la fin en repensant à ses belles années vertes dans l’herbe. Elle retrouve des poèmes qu’elle avait appris par cœur. Elle récite Fernando Pessoa.
Je ne suis rien
Jamais je ne serai rien.
Je ne puis vouloir être rien.
Cela dit, je porte en moi tous les rêves du monde.
Née dans une famille où l’on réfléchissait moins, l’autre grenouille est bien plus physique qu’intellectuelle, musclée, aguerrie, athlétique, nerveuse, élancée, dynamique, c’est une sportive qui a du mollet et ne lâche pas le morceau, qui serre les lèvres et s’accroche. Elle est du style à ne jamais abandonner, never give up serait tatouée sur une de ses pattes si elle avait pu.
Toutes les deux ensemble, prisonnières, cela ressemble à l’histoire du voyou et du comptable dans le film Papillon.
Donc, la baraquée ne cesse de se débattre dans le lait et la stoïque rit intérieurement de ce peuple remuant, bruyant, agité, vulgaire, s’amuse de voir la sportive physique continuer de se tortiller dans tous les sens et finit par lui dire :
– Arrête de gigoter. Accepte ton sort. Tu ne vois pas que c’est foutu ? Passe plutôt tes derniers instants à méditer, à penser à la beauté…
– Tant que je pourrai, je continuerai.
– Mange des chocolats, fillette… mange des chocolats ! Dis-toi bien qu’il n’est d’autre métaphysique que les chocolats… dis-toi bien que les religions toutes ensembles n’en apprennent pas plus que la confiserie.
– Pfffttt… C’est bien beau Pessoa mais… je ne laisserai pas tomber…
L’une fait la planche, devise et l’autre gesticule et s’agite.
Ça dure.
L’une somnole, l’autre transpire.
L’une rêve et pense à la Valse de Félix Vallotton et l’autre se démène et se tortille et fouette le lait….

À force de se dandiner en tous les sens, au bout d’un moment, la plus agitée qui se tortille sans répit se retrouve sur une petite motte de beurre bien ferme qui lui permet de sauter d’un bond hors de la marmite.
C’est là que débute l’histoire.
La grenouille stoïque devient un peu moins ferme. Elle commence de pleurer, elle se plaint (elle est française), elle appelle à l’aide, ne m’oublie pas, j’ai toujours soutenu les masses populaires et la souffrance des travailleurs écrasés, j’ai un gilet jaune près de l’étang.
Pendant ce temps, la grenouille sportive va chercher de l’aide… elle tombe sur une bande de grenouilles pompiers en train de jouer au foot sur le terrain du club populaire à proximité… et elle leur demande de venir sauver l’intellectuelle qui fait la planche. Elles ne sont pas très chaudes pour abandonner la partie mais leur cœur est encore large.
Finalement elles sautent dans leur camion avec des cordes, une nacelle, une mini grue et sauvent la grenouille stoïque.
Grand moment d’émotion, télévisions, interruptions de tous les programmes.
On fait poser les deux miraculées comme pour un tango.

Comme la grenouille intellectuelle s’exprime le mieux, elle sera chargée d’écrire un livre pour entretenir, dans la mémoire des générations à venir, cette merveilleuse histoire d’endurance et de solidarité entre les classes.
Ensuite, presque triomphante et radieuse, elle ira courir les écoles, les librairies, les bibliothèques dans tout le pays jusqu’au fin fond pour raconter l’histoire de cette aventure laiteuse hors du commun et qui saura émouvoir le jeune public friand d’héroïsme et d’exemples assez puissants pour servir de modèles et de tuteurs aux jeunes pousses.
Penser à l’histoire du lait, de la jatte et des grenouilles nous sauvera encore pendant des générations.

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Coïncidence et amour

Sanglier imagine notre monde régi par des lois invisibles et malignes, assez crochues et souples pour nous entortiller. Il conçoit sans rechigner des espèces de filaments gélatineux qui nous échappent, nous embobinent et nous entourloupent. Cette vision n’est pas fausse dans notre brouillard de petits animaux humains perdus sur cette grosse boule de terre (bientôt dix milliards de bouches et d’anus). Il peut citer un grand nombre de cas troublants, des cascades d’exemples, de quoi ruminer les nuits d’hiver dans les chalets perdus et battus par les tempêtes de vent et de neige, Sanglier est lyrique et touché. Il s’emporte dans la nuit et s’élève presque au-dessus du sol. Il est intarissable en coïncidences troublantes.
Parfois le dimanche, Sanglier devient l’homme qui traque les coïncidences et il en est conscient, ce dégourdi de l’attention verbale.
Dans Notre-Ville, il existe une école des coïncidences et les membres de cette école s’échangent des épiphanies au passage de l’an.

Cela fait peur, Sanglier nous assure, je vous assure, cela fait peur, ça ressemble à une espèce de colle molle qui tombe du ciel et vous agrippe ou à des pièges à dents qui vous saisissent d’un coup et pour longtemps.
Les coïncidences, il ne faut pas trop s’en approcher. Elles vous attrapent et ne vous lâchent plus.
Comme les correspondances elles vous entortillent aussi bien qu’elles s’accrochent et se fixent dans vos pensées les plus secrètes. En particulier dans les trains de nuit de tous les tableaux étranges comme ceux de Marvin Cone.

Il n’y aurait pas de thèse complotiste sans les coïncidences.
Votre réalité se déforme à la façon d’un dessin animé en chewing-gum. Vous voilà emmitouflé dans les coïncidences.
Par exemple, la liste des coïncidences entre Abraham Lincoln et John Kennedy. Regardez comme c’est brouillant, ça vous désorganise la cervelle, bien que nous sachions tous ou presque qu’il s’agit d’une légende urbaine :
Les noms Lincoln et Kennedy contiennent sept lettres.
Lincoln fut élu au Congrès en 1846, Kennedy en 1946.
Lincoln fut élu président en 1860, Kennedy en 1960.
Tous les deux étaient impliqués dans la défense des droits civiques.
Leurs épouses perdirent un enfant alors que le couple présidentiel résidait à la Maison Blanche.
Tous les deux furent assassinés un vendredi.
Tous les deux furent assassinés par derrière d’une balle dans la tête
Tous les deux furent assassinés en présence de leur épouse qui se tenait à côté d’eux.
Les deux assassins venaient d’un État du sud.
Les deux assassins furent abattus avant d’avoir été jugés.
Il y a encore une vingtaine de points communs. Sanglier nous prévient : Ne tombez pas là-dedans.
Même si l’on prouve que ce sont des légendes, même si l’on démontre l’inexactitude de la liste des coïncidences, la légende continue de séduire et de s’affaler dans votre cerveau fauteuil club. Plus forte que la vérité, plus aguichante. C’est le propre d’une légende : vous mettre dans le coup, vous faire entrer dans les coulisses. Un vrai troll, un cheval de Troie, un cheval de troll qui galope dans votre esprit.

La réflexion n’y peut pas grand-chose.
Même les ingénieurs de la Nasa se retrouvent dans des situations ambigües.
C’est le troublant de cette circulation malgré tout, de ces coïncidences que l’on désire magiques, significatrices, enrobantes, Sanglier n’en démord pas : nous sommes entourés d’idées et de pensées qui se tortillent et nous saisissent, des méduses, des poulpes, une petite colle mentale… et ça s’infiltre… et c’est à nous d’apprendre à danser avec élégance et adresse au milieu de toutes ces fausses petites lumières qui s’agitent et nous détournent, nous séduisent et nous entraînent dans un monde nuageux et scintillant…

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En lien avec l’histoire sauvage, une pièce radiophonique à écouter en podcast, diffusée le samedi 1er septembre 2018 de 21h à 22h
« La réserve noire » de Jean-Pierre Ostende
Une réalisation de Jean-Matthieu Zahnd. Conseillère littéraire : Caroline Ouazana. Assistant à la réalisation : Félix Levacher
Avec :
Mohamed Rouabhi (Régis Legrand) Pierre-Jean Pagès (François, le père)
Agnès Sourdillon (Sylvie, la mère) Baptiste Dezerces (Sébastien, le fils)
Lyn Thibault (Tatiana, la fille) François Siener (André, le grand-père)
Bernadette Le Saché (Rosemarie, la grand-mère) Miglen Mirtchev (Thomas, le résident) Lara Bruhl (Suzie, la résidente)
Bruitages : Benoît Faivre et Patrick Martinache
Equipe technique : Eric Boisset, Mathieu Le Roux

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Moins de sexe ? Plus de gâteaux.

Personne n’a les yeux aussi pétillants que les personnes âgées devant un gâteau.
Pourquoi ?
Parce que leur libido est en baisse. Continuer la lecture

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Pas d’informatique sans pizza ou hamburger

Vous pensez que la micro informatique aurait pu se développer sans pizza, hamburger et coca cola ?
Sérieusement ?
Vous ne pensez tout de même pas qu’il suffisait d’un garage au fond d’une banlieue, d’un manque de sexe et d’adolescents en baskets le ventre plein de bulles de coca cola pour développer la micro informatique ? Continuer la lecture

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Les hackers en ont ruiné des poèmes

Les hackers en ont ruiné des poèmes si magnifiques, en s’infiltrant dans les fichiers numériques, partout où ils le pouvaient, pour ajouter, par exemple, à la fin de chaque vers par devant ou par derrière
Ils ont aussi osé toucher aux comptines. Continuer la lecture

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Démocratie et dénonciation

Selon les dernières études sur Notre-Ville, il ne se passe pas une journée sans qu’un sondage ou une enquête ne fasse la Une (il existe d’ailleurs de réguliers sondages sur la fréquence des sondages).
Les experts assurent que les enquêtes facilitent les ventes des journaux. Surtout les mauvaises nouvelles. Continuer la lecture

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Aussi cruels que raffinés

Joseph raconte que, d’après Nathan Moller (qu’il accompagne comme assistant dans les restaurants de Notre-Ville), les êtres humains organisent leur propre martyre avec soin et attention à un point qui perplexe tout le monde. Continuer la lecture

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Bouleverser le monde

Dans Notre-Ville, de plus en plus d’habitants ont pris l’habitude de fixer pendant des heures un objet jusqu’à ce que celui-ci se transforme sous leurs yeux. Continuer la lecture

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Un garçon passionné

Une partie de la nuit, malgré les ombres dansantes aux doigts crochus qui caressent les mots sur les murs, qui caressent des mots à la graphie souvent tremblée, voilà que Pagribel, le garçon que Mlle Beck a rencontré au comptoir du bar aux lumières bleues, a parlé des captchas. Continuer la lecture

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Nous sommes oooohhh

Depuis l’introduction de la philosophie au conseil municipal de Notre-Ville (on se rappelle les polémiques à l’époque), des extraits de livres de Michel Foucault défilent en lettres rouges électroniques sur le fronton du palais des congrès.
(De plus en plus, au XVIIIème siècle, on se tourne vers une explication économique et politique, dans laquelle la richesse, le progrès, les institutions apparaissent comme l’élément déterminant de la folie.) Continuer la lecture

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Niveau retex tu en es où ?

Après la sortie dans une discothèque du Pico Pico, sur le plus beau des dance floor de la Mystic River (boîte héroïque dont la lumière est un démon érotique dans un décor de ruines), où se déroulaient des challenges amoureux organisés par le site ASUZOS (Amour et Survie en Zone Sinistrée), les participants ont clos l’expérience par une réunion de synthèse. Continuer la lecture

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L’esprit capitaliste

Lisant « La cité perverse » de Dany-Robert Dufour, M. Tendre-est-la-nuit s’est persuadé que Karl Marx avait eu tort de ne pas lire Sade. Continuer la lecture

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Cyniques ricanant la nuit

Bagarres vicieuses entre d’un côté les cyniques aux dents de hyène ricanante au désir moisi, et de l’autre les anti-cyniques moins croupis dans l’ombre mais ennemis de la logique d’Alphonse Allais : “Il faut prendre l’argent là où il se trouve, c’est-à-dire chez les pauvres. Bon d’accord, ils n’ont pas beaucoup d’argent, mais il y a beaucoup de pauvres.” Continuer la lecture

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L’odeur de charogne des gens sérieux

Dans Notre-Ville, pendant la semaine très frisquette mais peu friquée du début de l’année qui suit les affrontements sanglants des soldes, des experts du monde moderne mais tout autant du genre égyptien, pour la plupart vêtus de noir, sont venus témoigner au Pico Pico pour savoir :
Un : Dans quelle mesure Le Douanier Rousseau avait raison de dire à Picasso en 1908 :
Nous sommes les deux plus grands peintres de notre temps, toi, dans le genre égyptien, moi, dans le genre moderne.” Continuer la lecture

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La science ou la liberté

Dans Notre-Ville notre peuple ratiocine surtout la nuit, partout où il peut, jusque dans les caves imbibées de tristesse où courent des rats et parfois des espèces mutantes.
Dans les pays où les femmes ne sont pas libres, Continuer la lecture

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La bête mentale en nous

La bête revient toujours langue pendante, tenace, gigantesque, inventive et capable de prendre toutes les apparences.
Accrochée si profondément à ce qu’elle tient, là où elle s’est infiltrée, aucun nettoyeur n’en vient à bout, jamais, s’appropriant sans cesse de nouvelles formes, suradaptée, elle s’arrange de tout et travers les siècles.
C’est pourtant ce qu’il y a de plus Continuer la lecture

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Carpe diem or not carpe diem ?

Au Pico Pico, longue et lente et finalement piquante polémique sur la résignation. Têtes basses en vrac mais pas toutes.
Les partisans du Carpe Diem (c’est-à-dire : Prends ce qui arrive, ne te soucie pas du lendemain) lancent de grands airs d’opéra Continuer la lecture

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La fondation d’un brave homme

Antoine ne dit jamais qu’il flippe sa race. Cela ne lui viendrait pas à l’esprit. Pourtant, dès la fin de ses études aux Etats-Unis, il a commencé de se laisser appeler par son prénom et même d’y trouver du charme.
Pourquoi ne pas être simple et accessible ? Continuer la lecture

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Arborescence de Bouvard et Pécuchet

Il avoue doucement, avec petite mollesse en glotte typique des embarrassés de Notre-Ville, connaître le désir un peu d’Ève mais pas tellement d’Adam. Continuer la lecture

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Double contrainte, double bind

Aucun conseil aussi perçant soit-il n’est pour toi.
Jamais.
Aucun conseil ne te conviendra, même sur mesure. Continuer la lecture

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Les mains d’Artaud

Quand son voisin si calme d’habitude a vu pour la première fois les mains d’Artaud sur les morceaux de sucre, le tout photographié par Man Ray, l’émotion a été si forte, prenante, insistante, qu’il a su profondément qu’il irait sans faillir de ce côté-là, qu’il ne pourrait aller que de Continuer la lecture

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Atelier de développement de l’imaginaire

L’atelier de développement de l’imaginaire numéro 128, en sous-sol et particulièrement pendant les nuits glaciales de l’hiver, propose de courtes fictions introduites par un dialogue. Les participants (tous genres confondus) sont invités à poursuivre et même détraquer, déranger, troubler tout ce qui leur est proposé. Continuer la lecture

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La vie plus-encore

Il a fallu que l’on pense un jour, oui nous avons une pensée, on ne sait comment c’est venu la pensée chez nous, peut-être à cause de la réduction des maxillaires qui a laissé dans le crâne plus de place au cerveau ? Continuer la lecture

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Indifférent mais successfull

A la fois indifférent, neutre, gris, froid, glacé, banquise même parfois, et en même temps créatif gondolé, débordant d’idées, inventif prolifère, cet homme pratique dans Continuer la lecture

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