Jésus-Christ Junior, Kiss et le senior Coconut

Il y a des jours où Jean-Claude Cristiani, l’homme soi-disant Jésus Christ Junior, en a marre d’être Jésus Christ Junior. Comme tout le monde, probablement, en aurait assez, de porter sur ses épaules autant de responsabilité.
Il y a des jours où Jean-Claude (Il aime la simplicité : Appelez-moi Jean-Claude, s’il vous plaît), l’homme soi-disant Jésus Christ Junior, voudrait faire autre chose de ses jours et de ses nuits.
Il a tellement rêvé de sa résurrection. De sa montée au ciel, bras tendus, poings fermés, héroïque, il y a un tel manque de héros mondiaux.
Il a tellement fantasmé aussi de se mettre en scène, rêvé de La Ricotta, le film de Pasolini sur la Passion du Christ dans une banlieue, entre les immeubles et les terrains vagues, sortant de la caravane des acteurs en répétant :
Io sono una forza del Passato. (Je suis une force du Passé)
Solo nella tradizione è il mio amore. (Tout mon amour va à la tradition)
Vengo dai ruderi, dalle chiese, (Je viens des ruines, des églises,)
dalle pale d’altare, dai borghi
abbandonati sugli Appennini o le Prealpi, (des retables d’autel, des villages
 oubliés des Apennins et des Préalpes)
dove sono vissuti i fratelli. (où mes frères ont vécu)
Giro per la Tuscolana come un pazzo, (J’erre sur la Tuscolana comme un fou)
per l’Appia come un cane senza padrone. (
sur l’Appia comme un chien sans maître)
O guardo i crepuscoli, le mattine
su Roma, sulla Ciociaria, sul mondo, (Ou je regarde les crépuscules, les matins 
sur Rome, sur la Ciociaria, sur le monde)
come i primi atti della Dopostoria, (comme les premiers actes de la Posthistoire,)
cui io assisto, per privilegio d’anagrafe, (auxquels j’assiste par privilège d’état civil)
dall’orlo estremo di qualche età
sepolta. Mostruoso è chi è nato
dalle viscere di una donna morta,
(du bord extrême de quelque époque
 ensevelie. Il est monstrueux celui
 qui est né des entrailles d’une femme morte.)
E io, feto adulto, mi aggiro (Et moi je rôde, fœtus adulte)
più moderno di ogni moderno (plus moderne que n’importe quel moderne)
a cercare fratelli che non sono più.
(
pour chercher des frères qui ne sont plus.)
(traduction d’Olivier Favier)

Mais maintenant, dans l’état d’esprit où il est, Jean-Claude Cristiani, l’homme soi-disant Jésus Christ Junior, abandonnerait volontiers la bande qui le suit partout dans les cités. Il traînerait seul. Il regarderait l’horizon sur la jetée spleen. Il marcherait sur l’eau au bord de la plage Evolution de l’espèce.
Il y a des jours où l’homme soi-disant Jésus Christ Junior se décourage.
Il a eu pourtant tellement de succès quand il dansait avec sa bande le Kiss de Senor Coconut, quand il chantait, à sa façon, avec son accent, tu n’as pas besoin d’être belle ni beau pour me bouleverser.
Tous les fidèles dansaient avec lui.
Il a commencé au Karaoké Bleu. C’était quelque chose, cette routine chachacha. La tunique blanche, les cheveux longs, les sandales. Jean-Claude avec son léger embonpoint, ses poignées d’amour et sa bande dansante, tous filmés par les téléphones. Même le groupe des Pom Pom Girls désinhibées et leurs fans filmaient Jean-Claude et sa bande, dansant et chantant :
U don’t have to be beautiful to turn me on
(Tu n’as pas besoin d’être une beauté pour me séduire.)
Et puis il est parti prêcher. A pied, sans scooter, démuni.
Jusque dans les salles les plus profondes du Pico Pico, jusqu’au huitième sous-sol et plus il s’enfonçait dans les sous-sols, plus il avait le sentiment de s’aventurer dans le monde qui serait celui de demain, à la fois effrayant et captivant, se promettant à chaque fois de ne plus utiliser de musique aussi diabolique que le Kiss Coconut pour se faire entendre.

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