Fort de dire NOUS

« Ne soyez plus élitistes, n’envoyez plus vos enfants à l’école. »
Depuis quelques temps les slogans envahissent la ville, nous envahissent.
Au sujet du Nous, d’ailleurs, il y aurait beaucoup à dire.
Depuis quelques temps aussi c’est la nouvelle lubie dans certaines maisons. Ça vous attrape, ça vous . La première personne du pluriel. Nous. Penser et dire Nous.
On le trouve dans le Monologue du nous de Bernard Noël chez POL aussi bien que dans La vie comme au théâtre de Florence Delay chez Gallimard (« Moi c’est le bonheur de la première personne que je cherche. Un goût venu du lycée que ce nous qui exclut la famille, qui bouge au gré des classes, des années, et se matérialise quand nous, les quatrièmes par exemple, investissons le plateau de la salle noble pour jouer Les Fourberies de Scapin. P31)
Dans Notre Ville tout a commencé assez simplement. Comme un jeu, presque un tic, un toc. Le nous s’est infiltré. Peut-être à cause de la crise ? Chez nous au Pico Pico, au Karaoké bleu, chez les marcheurs de nuit. On disait nous. Nous disions nous.
Tous les jours, on s’y adonnait sans s’en rendre compte.
Nous, au Pico Pico, qui ne regardons pas trop la réalité en face de peur de nous désespérer… Nous qui nous asseyons sans façon dans les salles des sous-sols, sur huit niveaux, du peut-être plus grand bar du monde… Nous qui sommes sans agilité stratégique.
Nous, au Karaoké bleu, qui essayons d’être encore plus nous, nous qui chantons et rions et pleurons…
Nous les admirateurs…
Nous, les marcheurs de nuit, les pathologies galopantes du Parc Bellagio
Nous, les frustrés, les déçus, qui allons à la plage Evolution des espèces vivantes et nageons jusqu’à perdre nos idées pour ensuite marcher comme des insomniaques sur le sable, nous qui n’avons pas les plus beaux corps de la région et ne sommes pas rassurés de voir la falaise aux parapluies retournés où viennent de jeunes gens avec sous le manteau Le suicide pour les Nuls
Nous qui nageons dans la baie aux affaires classées et froides, qui nous laissons aller…
Nous les fantômes, les zombies qui déchiffrons ce qu’il y a d’écrit sur les murs en essayant de comprendre ce qui se passe…
Nous, qui nous étonnons de lire de plus en plus souvent sur des morceaux de papiers collés à la hâte sur les murs : Ça a commencé (it has begun)… comme si l’on voulait nous prévenir… mais de quoi ?
Nous les historiens sauvages, chroniqueurs amateurs, archivistes de quartier, analystes bénévoles, documentaristes ordinaires, correspondants locaux de journaux improbables, à traîner par monts et par vaux, surtout par vaux, par ruelles et boulevards, prêts à être oubliés…
Nous, qui nous arrêtons dans une des salles du Pico Pico où se trouve projetée la chorale d’anciens mineurs anglais qui chantent les bruits de la mine… dans le film de Mikhail Karikis et Uriel Orlow… Sounds from beneath (Sons d’en dessous)…

Faudrait-il alors créer la Nostrifiction ? La Notrefiction ?

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