Nous, espions.

Foule en effervescence lors d’un débat au Pico Pico ayant pour thème : « Seuls les paranoïaques s’en sortiront vivants, mais les obsessionnels ont leurs chances. »
A la question « Sommes-nous sur cette terre absolument tous des espions ? », le président du Marshall McLuhan fan club a répondu : Oui. Maintenant, il est évident qu’à moins de se retirer sur une île déserte, plus grand monde n’y échappe.
– Pensez-vous aux lanceurs d’alerte ?
– Non. Pas particulièrement.
Comme nous étions tous interloqués devant nos verres dans une salle du Pico Pico où se jouait sur scène un petit flamenco nécrophile, il a ajouté : « Oui, nous sommes tous espions. Autant que les photographes et autant que les écrivains. »
La question « Les écrivains et les lecteurs sont-ils des espions ? » avait déjà été posée un soir par un lecteur, au Pico Pico, suite à un débat autour du livre Étrange façon de vivre d’Enrique Vila-Matas. L’auteur de ce livre fait remarquer que, pour écrire, chaque écrivain a besoin d’espionner, même s’espionner lui-même. Il ajoute que chaque lecteur en lisant espionne à son tour.
Le président du Marshall McLuhan fan club a maintenant ajouté que cela ne se limitait plus au lecteur et à l’écrivain. Que c’était bien plus vaste. Que c’était beaucoup plus démocratique. Qu’il n’y avait plus besoin d’écrire ou même de savoir lire. Cela ne se limitait plus au lecteur et à l’écrivain, tout d’abord et surtout, à cause de l’électricité. Vous imaginez ? A cause de l’électricité ? Tout le monde attendait avec impatience des précisions.
– Avec l’électricité partout, maintenant, tout le monde peut espionner. La surveillance est pratiquement offerte. La méfiance est à la portée de tous. La curiosité est encouragée, félicitée, récompensée. On ne se limite plus à l’écoute de la conversation des voisins de table, il ne s’agit plus seulement de tendre l’oreille ou de faire le voyeur en terrasse de café à la Pina Bausch. Tout le monde peut guetter, regarder par-dessus les épaules et en toute tranquillité, en toute impunité. Avec la radio, le téléviseur, le téléphone, l’appareil photographique, la caméra, l’ordinateur. Partout nous avons la possibilité d’espionner et de pratiquer l’espionnage pour notre propre compte. L’électricité nous a tous permis d’assouvir notre désir irrépressible d’espionnage, partout et tout le temps. C’est même beaucoup plus fort que l’exhibitionnisme et le narcissisme. Nous pouvons tout surveiller et, à moins de se retirer du monde, dans un espace blanc de la carte, nous sommes tous pistés.
– Pensez-vous que, comme le dit le dicton de sagesse populaire : Seuls les paranoïaques s’en sortiront vivants ?
– Non. Les obsessionnels ont aussi vraiment leur chance.
Kafka on road again

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