Lolito, homme enfant

Voilà le nouveau slogan de Lolito :
N’oubliez pas de manger chaque jour cinq fruits et légumes empoisonnés.
Cela renforcera vos résistances. Ne jouez pas la facilité. Ne jouez pas en dehors de la boîte.
Comme il est joueur, quand il prétend ça, Lolito.
On lui reproche son je-m’en-foutisme. Il s’en défend. Il a compris que l’authentique je-m’en-foutisme est un don, que la désinvolture ne s’apprend pas, qu’il n’existe pas d’OGM pour le je-m’en-foutisme, parce que le meilleur je-m’en-foutisme est un je-m’en-foutisme naturel, spontané, et c’est d’ailleurs là où réside une chose secrète, impénétrable et peu transmissible et qui s’appelle : le charme.
Lolito est surnommé l’homme-enfant mais il n’a pas grand-chose à voir, quand on le rencontre, avec ces adultes atteints par le syndrome de Peter Pan (SPP), angoissés de vieillir, terrorisés à l’idée du délabrement, des ratages de l’organisme, de la lenteur, qui ne veulent pas devenir matures, et préfèrent boire de l’eau de la fontaine de Jouvence et même y tremper tout ce qu’ils peuvent y tremper, y barboter avec des canards en plastique, rester le Puer aeternus, l’enfant éternel qui se ride, chevauche les âges, à la recherche de régénérateurs pour dé-mûrir, l’enfant vieilli qui se délecte d’entendre qu’il ne fait pas son âge, coquet poignant à la peau tendue de poupon en plastique, on en connaît tous, on a envie de dire, tes rides sont historiques, va doucement dans la rénovation.
Bref. Il n’y a pas d’attitude caractérisée de Puer aeternus chez Lolito. Il ne porte pas non plus de vêtements d’adolescent, n’a pas de trottinette ni d’expression de collégien. En revanche, il est complètement oisif.
Il semblerait qu’il y ait toujours eu, à portée, une ou deux personnes pour s’occuper de lui mais il est à noter qu’il ne leur demande rien.
Il est difficile d’avoir moins d’activité que Lolito.
Une phrase par ci, une photo par là. Il n’en fout pas lourd.
On a marché sur notre tombe est un ouvrage collectif auquel Lolito a participé. Les ventes ont démarré doucement, n’attirant au début que les gothiques, surtout à cause de son titre, puis peu à peu sa diffusion s’est élargie au club des funérailles, aux vampirettes abîmées, aux déglingués du Souvenir funéraire, aux amis du cimetière Entrée définitive, puis, au fil du temps, à des lecteurs et lectrices sans lien aucun avec l’esprit des tombes ou d’outre-tombe.
Lolito, c’est Laura Yun qui l’a fait connaître aux marcheurs de nuit (lors d’une pause dans un bar, ces pauses que nous aimons tant). Elle l’a d’abord décrit comme un fantôme avec un gin martini. Le fantôme au zeste de citron et glaçons qui tintent.
L’activité majeure de Lolo se résume à : rien de spécial.
On sait qu’il a été un peu acteur.
Il a figuré dans le film de Vincent Gallatino : Souffrir à Saint-Tropez.
Au sujet du cinéma il aurait, paraît-il, dit un jour bien qu’il n’ait pas d’enfant : Je crois que mes enfants sont trop intelligents pour être acteurs (I think my children are too smart to be actors, phrase lucide attribuée à l’actrice Robin Wright, House of Cards).
Dans La nuit des endettés vivants il interprète le rôle de l’huissier.
Il se méfie des bonnes idées.
Il adore certaines phrases qui circulent de façon anonyme comme celle qu’il a lu l’autre jour sur un forum : « Je ne supporte pas ce genre de personne qui se la joue cultivée en parlant du grand Mozart et qui, j’en suis sûr, n’ont jamais vu le moindre de ses tableaux. »

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