L’insomnie domestique

Elle raconte qu’elle se réveille régulièrement en pleine nuit, sans le vouloir, été comme hiver, entre deux et quatre heures du matin. Pendant des années, elle en a souffert. A chaque fois qu’elle regardait le réveil en pleine nuit, c’était la même question : « Pourquoi ? ». Comme s’il y avait une réponse. Elle s’en plaignait. Fatigue de l’insomnie. Et culpabilité.

Pendant ces années, elle avait deux attitudes :

Soit se lever et s’activer (écouter la radio, regarder un film, lire, écrire, il y a eu des moments inoubliables, il lui est même arrivé de bénir certains insomnies, de passer une entente avec l’insomnie, d’essayer de s’en faire une amie, collaboratrice, confidente.)

Soit faire la morte (ce n’est pas sans conséquence), ne pas se lever, rester au lit, attendre, regarder ailleurs (mais où ?), tenir et subir en sachant qu’il y aurait toujours un moment où l’on tromperait la vigilance de l’insomnie pour se rendormir. Elle imaginait que l’insomnie était une gardienne que l’on pouvait tromper.

Puis, un jour elle a choisi de plus lutter contre l’insomnie, décidé qu’il valait mieux s’en faire une alliée, une complice, en profiter pour inventer une nouvelle technique : créer de la pensée, concevoir une façon d’organiser son esprit, une forme de construction sans écrire ni lire, multiplier des exercices de visions sur un tableau mental, concevoir sans stylo par la répétition mentale des thèmes, des pistes, des idées.

Faire équipe avec elle-même et avec l’insomnie.

Elle avait fini par se persuader que jouer et composer avec l’insomnie, la domestiquer, cela ne résolvait pas la question du sommeil et de la culpabilité mais l’apprivoisait, l’apaisait, l’endormait.

C’était simple comme un au-revoir.

Comme si le passé était sans cesse remis à plus tard. Avec toutes les lumières de la ville complices dans la nuit, la nuit ni blanche ni noire.

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