On se souvient mieux de l’inachevé

Personne n’ose dire à haute voix qu’il n’aime pas les thés pensants ni les soirées pensantes.
L’air de rien, comme d’habitude, les villes sont aussi inachevées que les campagnes mais les campagnes semblent plus accomplies, plus paysages.
Ainsi les Anglais ont créé le mot urbanscape pour ne pas le confondre avec landscape.

D’après l’un des philosophes de Notre-Ville, spécialiste de l’inachèvement : « Ne pas terminer est excitant. Cela donne envie de compléter. Voilà une composante du charme. Ne pas finir, c’est continuer toujours. Savoir rester vivant, loin de l’achevé morbide.
Ainsi, Dieu aurait laissé sa création inachevée parce que les croyants adorent ça… la suspension… »

De nombreux visiteurs avec ou sans chapeau viennent dans la baie des espèces pour guetter l’apparition d’une de ces énormes bêtes dont les grands fonds sont une réserve.
Parfois apparaît un monstre.
Les fonds sous-marins fourmillent d’espèces inachevées, d’êtres en cours. Sept jours pour créer la Terre, c’est court.
Certains ont été bâclés et ils se cachent au fond de l’eau.
Ce sont des réserves d’animaux ébauchés et de plantes inabouties – certains passent leur vie dans l’obscurité, peut-être à se morfondre, à des profondeurs où personne ne va jamais troubler leur honte d’avoir été négligés.
Cela arrive parfois.
Malheureusement pour eux leur chair est délicieuse et on ne leur fout pas la paix.

Tête de baudroie (lotte)

Share on Facebook0Tweet about this on TwitterShare on Google+0Share on Reddit0Pin on Pinterest0Share on LinkedIn0Email this to someone
Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *