La théorie savonnante de Patrick Merchant-Cazale

Il a le Poum Poum Tchac. C’est une vieille expression locale correspondant à l’excitation juvénile, cet enthousiasme propre à l’adolescence (dans l’esprit des groupes de garage), ce dérèglement inattendu qui s’émousse assez vite chez la plupart des êtres humains et qui, parfois, n’arrive jamais.
Certaines personnes n’ont jamais connu le Poum Poum Tchac.
Patrick Merchant-Cazale est un adolescent captivant et difficile à suivre mais il a le Poum Poum Tchac. Il vous charme mais vous ne le comprenez pas. Il s’embrase pour des choses étranges et les construit en dépit de toutes les difficultés. Il a des obsessions et des caprices. Il est tenace et versatile.
Il raffole de théories. Il adore les créer autant que les démonter. Il échafaude, il rumine, il expérimente. Il construit autant qu’il démolit.
Pour réfléchir Patrick Merchant-Cazale a une théorie : la théorie savonnante.
La théorie savonnante n’est pas facile à expliquer. En deux mots, cette théorie consiste à chercher l’explication de phénomènes par la confrontation à d’autres phénomènes, par collages et comparaisons, analogies, similitudes ; cela donne des rapprochements inattendus, des éclairs, des épiphanies. Par exemple 1839 : naissance de la photographie (présentation de l’invention de Daguerre au grand public) et de Paul Cézanne, création de la société ethnographique (aux thèses racistes) et publication de La Chartreuse de Parme… C’est une façon, comme il le dit, de savonner le réel pour le rendre glissant, fluide, le faire déraper. Ainsi les choses observées glissent et révèlent des liaisons, des significations, des sens cachés. Vous voyez ? C’est infini. Quand on commence à voir en savonnant ça ne s’arrête plus. C’est plus clair ?
Pas encore ? Il faut des exemples ?
Alors, un exemple de théorie savonnante : les joueurs de pétanque ignorent souvent qu’ils viennent d’un univers parallèle (ils ne vous l’avoueront pas mais leurs faux airs débonnaires ne trompent personne). Il y en a plusieurs preuves à commencer par les boules qu’ils jettent et le cercle magique qu’ils tracent sur le sol avant de lancer la petite boule (la Terre en plus petit)… Il est impératif qu’ils placent dans ce cercle leurs pieds joints comme on peut joindre les mains pour prier… Quand ils ont les pieds dans ce cercle ils peuvent jouer (= questionner l’au-delà) et placer leurs planètes le plus près possible de la terre. Avec sa théorie savonnante Patrick a écrit plusieurs récits, tous très courts, dont Baisers menaçants dans une serre remplie de terre et de plantes carnivores un jour d’automne.
Et aussi Répits dans la nuit près d’un sac de sous-vêtements sales sur lequel est posé un fusil d’assaut.
Le début de Baisers menaçants… :
Gréto n’admet pas et ne comprend pas que mes propres parents en apparence si affables et souriants ont fait de leur vie une digression permanente, une fuite continue, une évasion à répétition et qu’ils courent toujours d’un point à l’autre de la terre parce qu’ils ont peur d’être abandonnés…
Le début de Répits dans la nuit…
:
Les mouches n’entrent jamais en masse dans un appartement sans idée préconçue, les mouches vont et viennent et meurent. Les mouches sont elles-mêmes des idées de courte durée, des idées à loopings sophistiquées. Quand vous avez le monologue et la voix dans votre tête, comme dirait Wallace, vous êtes obligé d’en profiter…
Tout ce que recherche Patrick Merchant-Cazale se résume en une phrase : La recherche de l’instant bouleversant.

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