La fiancée de Dark Vador a souvent les pieds froids

– Qu’est que ça veut dire « fiancée » ? Tu as une idée ? C’est quelqu’un qui a reçu de l’argent ? Ou quelqu’un qui donne de l’argent ? Mes parents n’aiment pas les fiancés.
– C’est un terme ancien, je crois.
– Ancien ancien ?
Les enfants essayent de comprendre.

Depuis quelques temps, la fille de la chambre de commerce, (nouvelles compétences, métiers émergents (Barbara Hoffman)) voit un homme qui se déguise en Dark Vador pour des anniversaires d’enfant et c’est professionnel.
Personnage de la série de films La Guerre des Etoiles, Dark Vador est maintenant un mythe, avec Ulysse. C’est un sujet de dissertation.
Parenthèse : Comment peut-elle si vite répondre à mes questions, me confier ça, me parler de sa vie privée ?
Miracle de l’enregistrement ? De la fonction ? Besoin d’un confident ? Phéromone ? Aura particulière ?
Remarquez, il lui a fallu des semaines pour qu’elle raconte.
Cet homme qui interprète le Dark Vador a suivi quelques cours de théâtre où l’on apprenait le jeu dramatique à des chômeurs. Savoir se présenter est devenu essentiel, réussir son entretien, ne pas se démonter, s’affirmer, se mettre en valeur, garder de la distance, de Stanislavski et Brecht à Peter Brook et Mlle Piedtenu en écoutant la chanson des Beatles Happiness is a warm gun (le bonheur est un pistolet chaud)… en poussant les cris du développement personnel (on les entend dans le post intitulé Gymnase Gandhi-battait-sa-femme-mais-il-a-su-changer)
Ce qui l’a d’abord séduite, émue, dans ce rôle de pantin vivant pour distraire les enfants, c’est sa faiblesse d’ex-homme fort, venu de la sidérurgie, avec ses certitudes, ses muscles sans stéroïdes anabolisants (garanti sans muscle aux hormones), son honneur (sur lequel il a dû s’asseoir) et son histoire, se retrouvant dans la position d’un jouet humain.
Plus tard, il expliquera comment, avant l’époque Vador, il est devenu Schtroumpf dans le village des Schtroumpfs d’un parc d’attractions, le Big Bang Schtroumpf à Maizières les Metz, en Moselle. Sa période bleue.
A l’époque, ex-sidérurgiste, après le bilan de compétences, il devient le Schtroumpf bricoleur.
Ensuite, ex-schtroumpf, il se fait engager comme Mickey à mi-temps à Disneyland Paris. Il fréquente Minnie dans la vraie vie. Période rose.
A peu près durant la même saison, il répond à l’annonce de l’Explorateur Club qui recrute des animateurs déguisés, ayant suivis si possible une formation théâtrale, capables de faire de la figuration intelligente et de l’animation. Un homme sandwich ingénieux.
Ainsi obtient-il un contrat de Dark Vador à plein temps dans Notre Ville, grâce à la société FILS (Figuration Intelligente Libre Sophistiquée), filiale de l’Explorateur Club. Le secteur de l’activité est essentiellement celui des anniversaires et des fêtes en tous genres.
Les anniversaires sont redevenus aussi courus que le patrimoine, le devoir de mémoire et le festival.
Plus tard il racontera tout en détail et je l’enregistrerai.
Dans sa version (assez différente de celle de Barbara Hoffman) il a rencontré la fille de la chambre de commerce (Barbara Hoffman) dans un cours de théâtre, durant des répétitions. Pour mieux me situer la rencontre, il cite un extrait de La leçon d’Eugène Ionesco :
LE PROFESSEUR : Poussons plus loin : combien font deux et un?
L’ÉLÈVE : Trois.
LE PROFESSEUR : Trois et un?
L’ÉLÈVE : Quatre.
LE PROFESSEUR : Quatre et un?
L’ÉLÈVE : Cinq.
LE PROFESSEUR : Cinq et un?
L’ÉLÈVE : Six.
LE PROFESSEUR : Six et un?
L’ÉLÈVE : Sept.
LE PROFESSEUR : Sept et un?
L’ÉLÈVE : Huit.
LE PROFESSEUR : Sept et un?
L’ÉLÈVE : Huit … bis.
LE PROFESSEUR : Très bonne réponse. Sept et un?
L’ÉLÈVE : Huit ter.
LE PROFESSEUR : Parfait. Excellent. Sept et un?
L’ÉLÈVE : Huit quater. Et parfois neuf.
Je m’aperçois qu’il a quelque chose d’un personnage de cinéma et aussi quelque chose d’animal.
Je l’imagine avec la fille de la chambre de commerce.
Surtout un soir, au Pico Pico, dans la salle hallucinante, où l’on présente des films d’artistes, en regardant une fascinante scène d’Arnold Martin, je ne peux m’empêcher de repenser à la fille de la chambre de commerce et lui.

Quand le président du Marshall McLuhan fan club, Jacques Marchal, a vu ça, il a dit : « C’est exactement ça, la faculté de voir à travers les choses, l’impression d’être sans limite pour regarder, de traverser les objets, les techniques, les arts. Et maintenant, jamais plus tu ne verras un baiser de la même façon. »
A suivre.

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