Changer de préjugés

Hier je me suis décidé à changer de préjugés. Il faut se renouveler. Ce n’est pas changer la décoration d’un magasin mais cela y ressemble. Chaque esprit est magasin.
Contrairement à ce que je croyais, la décision a été rapide, j’ai peu balancé en comparaison à d’autres. Mes convictions s’effritent, cela calme.
J’en en avais marre de mes anciens préjugés, un peu honte même, et j’ai préféré en installer de nouveaux. Une application nous permet d’en télécharger de neufs mais ce n’est pas encore aussi au point que le téléchargement de nouveaux amis.
Mieux vaut des préjugés qui ne sentent pas la cendre ou le faisandé. Mieux vaut des préjugés modernes, des drones de la pensée.
Pas forcément meilleurs dans le fond mais plus frais et qui, en apparence, tachent moins.
Longtemps déterminé, j’ai pensé que l’on ne pouvait pas changer de préjugés. J’en étais persuadé. Il m’a suffi de régulièrement changer de position.
Finalement, c’était un préjugé.
Parfois je regrette mes anciens préjugés. La nuit dans le noir cela me semble plus facile de les oublier.
Je porterais volontiers une double casquette mais c’est difficile. Il y a souvent des effets secondaires : elles peuvent troubler la vision par exemple, exacerber vos sensations, par exemple, vous faire remarquer des détails qui, à la longue, se révèleront nocifs. Attention aux effets secondaires du voyant.
C’est ainsi qu’avant de m’endormir je pense souvent à des gares abandonnées où j’erre non sans plaisir (qui a dit que la mélancolie est le plaisir d’être triste ? Victor Hugo ? Il a écrit : la mélancolie c’est le bonheur d’être triste, Les travailleurs de la mer).
Dans ces gares abandonnées se trouve souvent un tramway comme il y en a dans les photos de la gare de Zugliget près de Budapest.

Plus loin dans la ville, sur le trottoir enneigé un peu sale, avant d’entrer au café, dans une curieuse parodie de Flamenco visiblement improvisée bien que souvent répétée l’hiver, les hommes tapent des pieds pour faire tomber la neige de leurs chaussures. Il n’est pas rare que l’on entende un violoniste accompagné de sa fille chantant Nous n’avons pas de projet nous traversons le fleuve on dit qu’il est bleu et qu’il mène loin cela tombe bien nous voulons voyager. Dans le tableau d’Alvar Cawen le musicien est aveugle mais pas la fille, ils sont universels comme je les aime.

Alvar Cawen est né en Finlande, là où j’ai vu des hommes seuls au karaoké le soir de Noël ; dont un poète qui tordait toutes les paroles et pratiquait un karaoké énigmatique. On dit que les poètes ont des vies romanesques et les romanciers des vies poétiques, c’est un préjugé.

Ce poète seul au karaoké le soir de Noël cherchait quelqu’un pour désespérer son amie. Perdre espoir à deux, c’est fort.
Cette fille lui avait soufflé ce conseil de Fernand Deligny : « Sois surtout présent quand tu n’es pas là. » ?
De quel préjugé s’agissait-il encore ?

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