La gaieté fatigue

– Tu penses que devenir mollasson, perché, impavide est le terme ultime ?
– Non. Ce n’est pas la nonchalance la disposition ultime.
– Tu me rassures.
– Il peut y avoir pire.
– Viens danser avec nous.
– La gaieté me fatigue autant que l’entrain. Alors, les fêtes…
– Mais la danse n’est pas une fête. C’est un sport. Nous serons ensemble, il y aura de la chaleur. Tu crois vraiment connaître le bonheur par l’absence de désir ?

– Tu ne serais pas un peu bipolaire ?
– Je ne sais plus comment le dire… Nous avions le terme maniaco-dépressif qui plaisait aux Anglais mais pas aux Américains et ils ont fait le forcing pour imposer un terme positif… Et pour eux « bipolaire », c’est plus ouvert, valorisant que maniaque et dépressif qui ne réjouit que les amateurs de catastrophe. Deux polarités, c’est mieux… plus épanoui… ça fait plus rayonnant, moins négatif…
– Ce n’est pas si mal de rayonner. Moi, tu vois, je me sens à la fois vieille et jeune. Tout le monde l’est d’ailleurs, non ? Quand je vois les enfants… on dirait des vieux devant la télévision… impatients… Tout le monde est vieux et jeune à tout âge.
– Ah bon ? Je croyais que certaines personnes n’étaient jamais jeunes.
– Non, non. C’est un mythe. Tout le monde est jeune et vieux en même temps. Cela dépend des heures. L’électricité produit ça.
– L’électricité produit l’alternance rapide ? C’est ta lubie encore ? Ou bien c’est la fatigue ? L’électricité produit vieillesse et jeunesse en même temps ? Tu devrais te reposer.
– Il est heureux celui qui apprivoise la fatigue, on peut faire beaucoup de chose avec elle.
– Tu ne confondrais pas fatigue et paresse ?

– On fait aussi beaucoup de choses avec la paresse.
– Toi, tu fais beaucoup de choses avec tout.
Pendant ce temps les témoignages sur l’épidémie de danses dans Notre-Ville continuent d’affluer. Voilà le témoignage de Catherine : « Nous dansons de façon spontanée sur toutes sortes de musiques : rock garage pour les Twistallnights et plus Northern Soul pour les Soul Invictus Nights. L’essentiel étant d’avoir du talc et d’en répandre sur le sol pour glisser jusqu’à perdre l’haleine, histoire de se sentir vivantes. Je ne sais jamais comment remercier mes gambettes de me porter. J’ai failli en perdre une et danser tient du miracle. Il n’y a plus d’âge, plus de rides, plus de souffrance. Nous sommes suspendues entre le sol et l’air, entre filles, avec nos histoires, nos fous rires, sous le regard de quelques garçons mais cela n’est plus si important. »
Tout le monde a remercié Catherine d’être montée sur le podium pour son témoignage ainsi que l’association de promotion des citations dans le quartier des citations. A ce sujet la phrase Be a student, not a teacher, even when you teach (Soyez un étudiant, pas un professeur, même quand vous enseignez, disait Colum McCann) mériterait au moins une rue dans le quartier des citations mais la municipalité résiste, plus préoccupée par le festival des vies secrètes enfin révélées, festival qui est déjà promis à un grand succès.
On publie les lettres du président Mitterrand à Anne Pingeot sa maîtresse, les lettres de Philippe Sollers à Dominique Rollin sa maîtresse, les lettres d’Albert Camus à Maria Casares sa maîtresse, les lettres de Paul Claudel à Ysé sa maîtresse, de Chateaubriand à Delphine de Custine… Un nouveau genre commence à vraiment prendre.

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En lien avec l’histoire sauvage, une pièce radiophonique : Souffrir à ST Tropez.

L’émission en deux parties
première partie :

deuxième partie :

Réalisation Jean-Matthieu Zahnd
Conseillère littéraire Caroline Ouazana

A 70 ans Jeanne Bregman a sauvé un pré-adolescent de la noyade. En guise de récompense, les parents de l’enfant (M. et Mme Merchant-Cazale) offrent à Jeanne Bregman quelques semaines à Saint-Tropez dans leur villa.
A la Pampanita, commence alors un séjour tout à fait particulier où une jeune Américaine qui occupe la villa voisine, proposera à Jeanne Bregman de jouer dans un film très spécial…
Ce sera pour elle l’occasion de découvrir une vie qu’elle n’avait jusque-là jamais imaginée, tout un monde. Cinéma, drogue et zombies.

Avec
Nita Klein ( Jeanne Bregman)
India Hair ( Sidney Mercury)
Antoine Sastre ( Vincent Gallatino)
Yvon Martin ( un Syndicaliste acteur de télé-réalité)
Lara Bruhl ( Jennifer Cook)
Rémi Goutalier ( Patrick Merchant-Cazale)
Léo Reynaud ( un Zombie syndicaliste)
Bastien Bouillon ( Lolito)
et
Sophie Bezard , Elodie Vincent, Loic Hourcastagnou, Emilie Chertier, Hermann Marchand, Louis-Marie Audubert, Lionel Mur, Matyas Simon, Mathilde Caupenne, Aurélien Osinski, Stéphane Szestak , Cécile Arnaud, Laurent Gauthier

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